Yammer est-il vraiment la solution pour les grandes et moyennes entreprises ?

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Lecture vivement conseillée aux PDG et aux responsables de services informatiques.

Je me doute bien que cet article va être controversé, mais je pense qu’il reflète certains aspects de la réalité que les médias ne semblent pas noter.

En dépit du rachat médiatique de Yammer par Microsoft, de nombreuses questions implicites restent sans réponses sur le modèle d’adoption et d’installation de l’outil dans les grandes et moyennes entreprises.

Regardons un peu les aspects les plus controversés du modèle d’entreprise de Yammer :

 Adoption

Tout employé d’une entreprise peut commencer à utiliser Yammer en créant un compte au nom de son entreprise en utilisant simplement son adresse de messagerie professionnelle. En d’autres termes, il est possible de créer un réseau social parallèle à celui de l’entreprise ou à son intranet. Que se passe-t-il quand l’entreprise veut prendre le contrôle de ce réseau pour des raisons légitimes, par exemple à cause de la valeur des informations qui y sont publiées ou pour supprimer l’accès à un employé partant rejoindre un concurrent ? L’entreprise doit tout simplement payer Yammer pour prendre le contrôle de l’administration. Honnêtement, je trouve qu’on frôle la limite de l’éthique.

Exploitation

Yammer, pour l’instant, ne fonctionne que dans le nuage, ce qui reste adapté aux entreprises petites et moyennes qui n’ont pas de concurrence, les compagnies où la sécurité n’est pas un problème et les sociétés n’ayant pas à mettre en place de mesures strictes pour le traitement des données personnelles comme c’est le cas en Europe. Il faut également savoir que Yammer, société américaine, doit se conformer à la Patriot Act, c’est-à-dire que le gouvernement des États-Unis peut accéder aux données de l’entreprise contenues dans Yammer. Ces deux points sont particulièrement critiques pour les entreprises européennes. En fait, les services juridiques de nombreuses sociétés exigent que les données soient hébergées sur des serveurs d’entreprises européennes pour pouvoir se conformer aux lois de protection des données de notre continent et se soustraire au Patriot Act américain.

Identité

Bien que le message publicitaire de Yammer affirme que le produit est entièrement personnalisable, la réalité est toute autre. Le nom de Yammer apparaît toujours quelque part. Le site ne laisse pas non plus la possibilité d’adapter son réseau social à la personnalité de l’entreprise, ni de modifier les menus, ce qui réduit l’ergonomie.

Données

Mes données ne sont pas vraiment à moi. C’est à mon avis l’un des inconvénients majeurs. Lors des expériences pilotes que nous avons réalisées pour faire migrer les données de Yammer et les répliquer dans un autre environnement, les résultats ont été désastreux. Tout d’abord, il est impossible d’effectuer de sauvegarde de ses données sans payer. Ensuite, dans de nombreux cas, il est impossible de faire migrer les pièces jointes aux conversations. Enfin, il est très difficile de récupérer la structure des groupes et des conversations, car le système des pointeurs de sauvegarde semble mal programmé.

En bref, il est facile d’entrer (parce que souvent l’entreprise ne s’engage pas par elle même) mais difficile d’en sortir, même en payant. La tendance actuelle est que les réseaux sociaux professionnels deviennent des référentiels ou espaces de stockage puissants des connaissances de l’entreprise. Et ces connaissances représentent l’un des actifs incorporels les plus précieux de l’entreprise du XXIe siècle : nous ne pouvons pas les laisser à des tiers sans les mesures les plus élémentaires de sécurité.