Ce n’est qu’une question d’attitude

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Les musiciens de Rock n’ Roll disent que l’on peut être meilleur ou non en jouant d’un instrument, mais que ce qui compte au final, c’est l’attitude. Avec l’univers 2.0, il en va un peu de même : la technologie offre des outils qui encouragent et facilitent le travail en réseau, mais sans une certaine attitude, il est impossible que les processus de collaboration deviennent des catalyseurs de créativité et d’innovation.

Certains d’entre nous ont évolué professionnellement dans des entreprises où l’idée du travail d’équipe était semblable à celle d’une chaîne faite de maillons, une boucle sans fin conçue pour garantir des niveaux minimaux de productivité, mais sans jamais réfléchir aux moyens de stimuler une coopération véritablement innovante. Des services étanches, des processus complexes et bureaucratiques, des hiérarchies floues insurmontables… Dans ce contexte, l’attitude collaborative se trouve limitée de façon très marquée, car elle ne rencontre pas d’écosystème dans lequel se développer. En fait, de nombreuses croyances héréditaires limitatives se perpétuent dans de telles structures. Il existe dans notre patrimoine culturel d’innombrables peurs inhérentes au travail d’équipe, des idées reçues, du type « celui-ci vient mettre son nez dans ce qui ne le regarde pas », « on va me voler mes idées », « tout le monde va se rendre compte de mes faiblesses », « Travailler ensemble ? Il doit y avoir anguille sous roche. », « nous n’arriverons jamais à nous mettre tous d’accord » ou « il va finir par tous nous éclipser ». Ces craintes viennent boycotter toute possibilité de coopération saine et productive. Il s’agit en fait du fruit d’une longue tradition de pensée d’individualiste, méfiante et territoriale, qui ne semble plus avoir guère de sens à l’ère de l’interconnexion.

Selon John Abele, fondateur de la société de technologie américaine Boston Scientific (site en anglais) et spécialiste en intelligence collective, pour coopérer « véritablement », il faut faire preuve d’un peu plus que de capacité à communiquer et à résoudre des problèmes.

Il est nécessaire de développer une « mentalité » ou un « état collaboratif » qui mette fin à ces préjugés culturels et nous amène à établir un processus fructueux.

Mais quelles qualités un « esprit collaboratif » doit-il posséder ?

• la confiance pour mettre fin à ces suspicions et croire en la contribution d’autrui ;
• le courage afin de poursuivre des objectifs communs avec diligence et apporter des idées et des opinions sans crainte ;
• la créativité dans le but de trouver des solutions inédites aux problèmes nouveaux ;
• l’aplomb pour travailler dans un monde pluriel, diffus et en constante évolution ;
• l’humilité afin de savoir reconnaître ses propres imperfections et l’importance de la contribution des autres.

Il incombe à chacun de renforcer ces qualités, tout au moins en partie. Bien que notre passé culturel sur le lieu de travail soit lié aux sociétés de la « vieille école » et que nos habitudes professionnelles se soient forgées dans un monde où le contrôle a prévalu sur la collaboration, je crois qu’avec un peu « d’attitude » nous pouvons tous changer notre vision des choses et nous adapter à de nouveaux comportements. Cependant, un état d’esprit collaboratif ne peut se développer qu’au sein d’une communauté collaborative, c’est-à-dire une structure qui prévaut d’un objectif commun clair, qui favorise l’éthique de la contribution, qui utilise des moyens pour que les gens travaillent ensemble de manière souple et efficace, et qui valorise et récompense la contribution de ses membres. Il s’agit d’une organisation dont les dirigeants s’appuient sur des valeurs, qui inspirent leurs employés en améliorant leur créativité et qui savent aligner les énergies, les talents et le travail de tous pour les orienter vers la réalisation d’un but et d’une identité communs.

Manel Alcalde est rédacteur en création, réalisateur audiovisuel et communicateur spécialisé dans les canaux numériques. Son blog personnel (en espagnol), Nionnioff, traite de la créativité, de la communication et de la rédaction.